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Biographie Dennis Brown

Dennis Brown 2

TRACKLISTING

  1. Some like it hot

Dennis Emmanuel Brown naît le 1er février 1957 au Jubilee Hospital de Kingston. Il grandit sur Orange Street1, au cœur de l’activité musicale jamaïcaine. Son père, Arthur Brown, est scénariste et acteur de théâtre et de la télévision. Son frère, Basil Brown, joue le personnage de « Man Man » dans la très populaire série radiophonique « Life in the Hopeful Village »2.

Débuts

Dennis commence à chanter dès l’âge de cinq ans2 et fréquente l’Alpha Boys’ School de Kingston3. En 1966, alors qu’il n’a que neuf ans, il donne son premier concert, à l’école pour filles de Woolmers High4. À onze ans, il rejoint le groupe The Fabulous Falcons, dans lequel figurent Cynthia Richards, Scotty et Noel Brown1. Byron Lee le remarque lors du « West Kingston Charity Ball » au National Arena de Kingston et l’emmène en tournée à travers l’île avec ses Dragonaires5. Le jeune Dennis apparaît également en première partie de Miriam Makeba et Adam Wade5. Grâce à Byron Lee, il rencontre Derrick Harriott pour qui il enregistre une de ses compositions, Lips of Wine. Le producteur ne sort pas tout de suite le single, Dennis s’impatiente et décroche une audition au Studio One de Clement « Sir Coxsone » Dodd en 19694.
Studio One est alors le lieu le plus important de la production musicale jamaïcaine. En deux jours6, Dennis y enregistre une trentaine de titres. Son premier single, une reprise des Van Dykes intitulée No Man Is An Island sort en fin d’année et suscite peu d’intérêt pendant plusieurs mois, mais devient peu à peu un grand succès. Dans la foulée de ce tube, Coxsone produit en 1970 plusieurs singles issus de la même session, tels que Never Fall In Love, Love Grows et Your Love is Amazing, puis compile les morceaux que Dennis a enregistré pour lui sur deux LP : No Man Is An Island et If I Follow My Heart.

« Wonder Boy »

En 1971, Dennis Brown quitte Studio One et rencontre à nouveau le succès avec le titre Baby don’t do it, produit par Lloyd the Matador. À quatorze ans, on le surnomme alors « Wonder Boy »5. Pendant deux années, il collabore avec les meilleurs producteurs de l’île, tels que Alvin Ranglin, Joe Gibbs, Lloyd Daley, Vincent « Randy » Chin et son fils Clive, Dennis Alcapone, Bunny Lee, Herman Chin-Loy et Munchie Jackson. En parallèle de sa carrière solo, il continue de chanter au sein des Fabulous Falcons, mais également avec le groupe Soul Syndicate.
En 1972 sort le single If I had the World, produit par Prince Buster. La même année, il reprend le Black Magic Woman de Fleetwood Mac pour Phil Pratt, qui produit également les titres Let Love In et What About The Half. En juin, il se produit au National Arena de Kingston avec Junior Walker & the All Stars et Nina Simone2. En septembre, il place cinq singles dans les charts jamaïcains, dont deux dans le « top ten » (l’un est en première place)2. Cette année-là, il rafle trois prix du chanteur le plus prometteur de l’île2. À la fin de l’année, il retourne travailler avec Derrick Harriott, qui produit son album Super Reggae & Soul Hits, où se côtoient titres originaux et reprises. L’album est un gros succès dans l’île4.
En 1973, il coproduit avec Sydney Crooks un album intitulé Superstar et adhère à la communauté rasta des Douze tribus d’Israël6.
En 1974, il enregistre pour Joe Gibbs et Winston « Niney The Observer » Holness, puis part pour l’Angleterre afin de participer au prestigieux Jamaican Showcase National Tour avec les Maytals, Dennis Alcapone, Cynthia Richards et Skin, Flesh & Bones. L’accueil du public est tellement bon qu’il décide d’enchaîner sur une tournée anglaise de trois mois accompagné par le groupe londonien The Cimarons7, alors qu’en Jamaïque sortent les albums Just Dennis (dans lequel il affirme sa toute nouvelle foi rasta), produit par Niney, et The Best Of Dennis Brown, produit par Gibbs. De retour en Jamaïque, à l’été 1975, il reprend sa collaboration avec Niney, qui produit l’année suivante l’album Deep Down et sa version dub, Sledgehammer Dub In The Streets Of Jamaica, alors que le single Have No Fear est un énorme succès populaire.

Le succès international

En 1977 paraissent deux albums, qui deviendront les disques les plus célèbres de Dennis Brown. Le premier, Visions of Dennis Brown, sort en février sur le label de Joe Gibbs. Au Royaume-Uni, bien qu’il soit uniquement disponible en import pendant plus d’un an, donc plus cher que le prix standard, l’album reste vingt mois dans les charts reggae. Wolf & Leopards, qui inaugure en mai 1977 le propre label de Dennis Brown, DEB (ses initiales), qu’il vient de créer, réitère presque l’exploit de son prédécesseur en restant presque un an dans les charts reggae britanniques. Les Jamaïcains, déçus par l’exil londonien de Bob Marley et par ses albums au son trop « rock » pour eux, donnent au jeune Dennis Brown (vingt ans seulement et déjà neuf albums) le titre de « Prince couronné du reggae » (« Crown Prince of Reggae »). Il devient la coqueluche de l’île. Même le roi du reggae le cite comme son chanteur favori. Désormais producteur grâce à son label DEB, Dennis Brown fait profiter de sa renommée ses amis tels que Al Campbell, Gregory Isaacs et Junior Delgado.
En 1978, il enregistre pour Joe Gibbs une nouvelle version de son titre de 1972 Money In My Pocket, qui sort en Angleterre pour le Carnaval de Notting Hill et obtient un immense et immédiat succès, grimpant jusqu’à atteindre la quatorzième place des charts anglais en mars 19798. Pour le chanteur, ce tube est la percée qu’il attendait pour rattraper Bob Marley au niveau international. Pour profiter de ce succès, il emménage à Londres9, sort sa première compilation (Westbound Train) et réédite dès l’année suivante Deep Down sous le nom de So Long Rastafari. Il enregistre également les albums Words Of Wisdom (Joe Gibbs) et Joseph’s Coat Of Many Colours (DEB), qui ne rencontrent pas le succès escompté. De même, l’année suivante, Spellbound ne se vend pas assez. En fait, Money In My Pocket aura plutôt été l’apogée de sa carrière et le point de départ d’un long déclin.

Les années 1980 et 90

Dennis Brown signe avec A&M Records, emménage à Londres et fonde un nouveau label, Yvonne’s Special (du nom de sa femme). De son contrat avec A&M résultent trois albums internationaux qui flirtent avec la pop et inquiètent son public (Foul Play, Love Has Found Its Way et The Prophet Rides Again). La musique jamaïcaine a changé et il semble que le chanteur ait du mal à trouver sa place. Pourtant ses albums autoproduits (More et son discomix Stagecoach Showcase, Yesterday, Today & Tomorrow, Satisfaction Feeling, Wake Up et surtout Revolution), qui ne sortent qu’en Jamaïque, se maintiennent à un niveau honorable, grâce aux rythmiques digitales que lui composent Sly & Robbie.
En 1985, il cesse de s’autoproduire et fait appel aux producteurs Prince Jammy (History et Slow Down), Sly & Robbie (Brown Sugar) puis Delroy Wright (Hold Tight). Peu convaincu, le public raconte qu’il aurait sombré dans la drogue3. Quelques années plus tard, c’est même sa foi rasta qui sera remise en question (lorsqu’il commencera à porter des boucles d’oreilles10).
Durant l’été 1989, il revient sur le devant de la scène grâce au duo avec Gregory Isaacs Big All Around, produit par Gussie Clarke9. En 1991, il crée la surprise avec un album qui sort du lot : Victory Is Mine, produit par Leggo Beast. Durant les années 1990, il continue d’enregistrer un à deux albums par an, sans plus jamais retrouver le niveau et le succès des années 1970. Il se produit régulièrement sur la scène du Festival Reggae Sunsplash, à Montego Bay11.
En mai 1999, au cours d’une tournée avec Gregory Isaacs, Max Romeo et Lloyd Parks11, il est arrêté au Brésil pour possession de drogues12. À son retour, il tombe malade et souffre de troubles respiratoires. Le 30 juin, il est hospitalisé en urgence au University Hospital de Kingston pour un arrêt cardiaque. Il meurt le lendemain d’un affaissement du poumon11.
Bien que Dennis Brown n’a jamais véritablement atteint la reconnaissance internationale, il a toujours bénéficié du soutien des Jamaïcains, qui lui excusèrent beaucoup, de ses albums à tendance pop (chez A&M) à son penchant pour la cocaïne. Le chanteur a d’ailleurs toujours démenti le fait qu’il touchait aux drogues dures4.

Héritage

Le prince couronné du reggae laisse derrière lui 78 albums sur 37 labels différents6, sans compter les nombreuses compilations, ainsi que treize enfants. Connu pour sa gentillesse et son ouverture sur les autres, il a influencé le reggae comme seul Bob Marley a réussi à le faire. De nombreux artistes le citent aujourd’hui comme une référence, de Barrington Levy à Richie Stephens, en passant par Junior Reid, Frankie Paul et Luciano10, mais aussi Maxi Priest et Drummie Zeb6. Son label DEB Records a établi le style lover’s rock au Royaume-Uni et lancé la carrière d’un grand nombre de chanteuse, telles que la chanteuse de Soul II Soul, Caron Wheeler6.
Le premier anniversaire de sa mort a été commémoré par Johnny Osbourne, Half Pint, Mickey Jarrett et Delano Tucker, à l’occasion d’un grand concert organisé à Brooklyn13.
En 2000, le chanteur de ragga français Nuttea reprend deux de ses titres et les traduit en français (Get To Love In Time et Stay At Home (aka Ghetto Girl) devenus respectivement Trop peu de temps et Elle vit sa vie) sur son album « Un signe du temps ».
En 2001 a été créée la Dennis Emanuel Brown Trust. Cette fondation a pour objectif d’entretenir la mémoire du prince du reggae et de procurer des instruments de musique à de jeunes Jamaïcains. La fondation attribue chaque année une bourse à des étudiants de 10 à 12 ans14.
Le groupe américain The Mountain Goats s’est inspiré de la mort de Dennis Brown en 2005 pour sa chanson Song for Dennis Brown, extraite de l’album The Sunset Tree. La même année, le chanteur jamaïcain George Nooks, qui avait travaillé avec Brown en tant que DJ sous le nom de Prince Mohamed, a enregistré un album de reprises intitulé George Nooks Sings Dennis Brown: The Voice Lives On.

Influences

Au journaliste Stan E. Smith, qui lui demandait sa plus grande influence dans son style de chant, Dennis Brown cita Delroy Wilson15. Pour son frère et manager Leroy Clarke, Brown était inspiré par les pionniers du rhythm and blues américain et plus particulièrement par Nat King Cole16. Il citait également souvent Alton Ellis, pour lequel il a été choriste dans sa jeunesse (sur Sunday Coming et Your Heart Will Pay)1 et dont il a repris plusieurs titres (If I Follow My Heart, When I’m Down, Ain’t That Loving You, Girl I’ve Got A Date et How Can I Leave You).